Djoussouriat

Une passerelle entre cultures et hommes

9 juin, 2011

الكاتب المسرحي علاوة بوجادي لـ »المساء »:‏أرفض النصوص المقتبسة ببهارات محلية

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الكاتب المسرحي علاوة بوجادي لـ »المساء »:‏
أرفض النصوص المقتبسة ببهارات محلية
تأسّف الكاتب المسرحي وصاحب نص مسرحية  »ليلة الليالي » للمسرح الجهوي لقسنطينة علاوة بوجادي لحجب لجنة تحكيم هذا المهرجان للجائزة الخاصة بالنصّ مؤكّدا أنّه على اللجنة تحمل مسؤولية قرارها هذا.
وأكّد بوجادي لـ »المساء » أنّ مشكلة النصّ في المسرح الجزائري مفتعلة وقد بدأت منذ فترة ليست بالطويلة، عندما احتكر ممارسو المسرح كلّ فنياته من إخراج وكتابة وحتى تمثيل، متحجّجين بنقص الدعم المالي فقتلوا النص، وفي هذا السياق اقترح أن تنظّم مسابقات حول الكتابة المسرحية في المسارح الجزائرية، في حين رفض الكاتب الطريقة التي تقتبس بها الأعمال المسرحية، حيث قال  »تتم عملية اقتباس الأعمال المسرحية في الجزائر بجلب النصوص العالمية وإضفاء البهارات المحلية عليها والنتيجة كارثة حقيقية، بينما كان من الأجدر أن تؤخذ الأفكار من هذه النصوص وتحوّل إلى عمل إبداعي ».
أما عن كتابته لنص مسرحية  »ليلة الليالي »، فقال علاوة أنّ هذا النصّ يمثّل مغامرة بالنسبة له ولمخرج العمل محمد الطيب دهيمي، مضيفا أنّ العديد من المخرجين رفضوا هذا النص بداع  »أخلاقي » لأنّه تناول قضايا لا يتقبّلها المجتمع الجزائري وفي مقدمتها الخيانة الزوجية، وفي هذا يقول  »عندما يكون هناك مخرج مغامر يكون لدينا مسرح وعندما يكون هناك مخرج يفكّر كثيرا ويخلط الحسابات يكون لدينا سكاتش ». بالمقابل، أكّد صاحب نصوص  »الزنيقة »،  »ديوان العجب » و »ليلة الليالي »، أنّ السياسة التي يعتمدها المهرجان الوطني للمسرح المحترف لن تؤدّي به إلى الطريق السليم، مضيفا أنّ مشاركة المسارح الجهوية بأعمال مسرحية كيفما كانت نوعيتها لن يرفع من مستوى التظاهرة وأكّد على ضرورة أن تنظّم تصفيات على مستوى المهرجانات الجهوية ومن ثمّ تشارك الفرق الفائزة في المهرجان الوطني للمسرح المحترف، ليتحوّل هذا الأخير إلى مرجع بدلا من كونه تجمّعا للأعمال المسرحية مثلما هو عليه الحال الآن. واعتبر بوجادي أنّ المهرجان الوطني للمسرح المحترف يجب أن يخرج من إطاره الاحتفالي وأن يكون فاعلا في تشجيع العمل المسرحي، مستطردا بقوله أنّ المهرجان لكي يلعب دوره الرئيسي عليه في الصدد نفسه أن يغيّر الكثير من قوانينه ومن بينها تقديم النصوص المسرحية للجنة التحكيم قبل عرضها على الركح وهذا حتى لا تقع اللجنة في الخطأ من خلال الحكم على النص عبر وجهة نظر المخرج وكذا اختيار أعضاء لجنة التحكيم، مِن من لهم علاقة مباشرة بالفن الرابع.
لطيفة داريب

8 juin, 2011

Leilat lyali, Press book

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Théâtre : Le public constantinois à la découverte de « Laylatou Ellayali »
Le théâtre régional de Constantine a présenté dans la soirée de dimanche, une répétition ouverte au public de sa dernière production intitulée « Laylatou Ellayali » (la nuit de toutes les nuits).
PUBLIE LE : 16-08-2010 | 23:34
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Le théâtre régional de Constantine a présenté dans la soirée de dimanche, une répétition ouverte au public de sa dernière production intitulée « Laylatou Ellayali » (la nuit de toutes les nuits). Mise en scène par Tayeb Dehimi, sur un scénario de Allaoua Boudjadi et une scénographie de Yahia Benamer, la pièce dont la musique est signée de Mohamed Amirèche, est encore en chantier et a encore besoin de quelques retouches et mises au point avant la générale officielle qui ne sera donnée que dans quelques semaines, a indiqué Dehimi.
« Nous avons décidé d’en donner une répétition ouverte au public pour avoir des échos de celui-ci », dira le metteur en scène à propos de ce « premier jet » du spectacle.
D’une écriture complexe où les thèmes s’imbriquent et se superposent, la pièce est néanmoins dominée par le problème de l’incommunicabilité dans le couple, surtout dans l’institution du mariage. Outre une écriture compliquée et un décor quelque peu surréaliste, dominé par des structure métalliques fixes et roulantes, l’on remarque également une tentative du metteur en scène d’introduire de nouvelles techniques d’expression qui empruntent beaucoup au cinéma : « je ne sais quel en sera le degré de réussite mais mon but premier est d’ouvrir des brèches et de provoquer des débats sur ce sujet », soulignera Tayeb Dehimi.
Côté distribution, ce dernier semble avoir tenu à réaliser un équilibre entre les anciens comédiens du TRC et les nouvelles figures qui commencent à s’y faire une bonne place et à augurer d’une relève qui se met lentement et difficilement en place. Les deux rôles principaux sont d’ailleurs partagés entre Zoubir Izem, un ancien parmi les anciens et Mouny Boualem, une nouvelle et pétulante comédienne qui ne cesse de s’imposer comme un nom à retenir dans la liste de qui constituera la relève au TRC.

Mardi 23 mars
Puisant dans la complexité des rapports humains fragilisés par une morosité cultivée à force de mensonges, de doutes et d’insatisfactions, « Laylat El Layali »(la nuit de toutes les nuits), dernière production en gestation au théâtre régional de Constantine (TRC) annonce un « coup de gueule » étouffé sous le poids des sous entendus.
Relatant la faiblesse de l’homme, le sentiment d’une sérénité continuellement confrontée à des combats internes, où l’amour ne tient qu’à un fil, le regard exercé de plus de 20ans de métier du dramaturge et metteur en scène Mohamed Tayab Dehimi tente, dans un décor familier et lourd de connotations, de traduire les blessures permanentes d’une société pénalisée par les préjugés et les qu’en-dira-t-on.
Usant d’une forte métaphore, la pièce utilise les bas fonds du pont suspendu de Sidi M’cid pour donner de la consistance à la détresse et au désarroi de Naoui (interprété par Izem Zoubir), bafoué dans son art et son amour-propre, abusé par sa femme (Bahia) et trahi par son ami (Mohamed). Marginalisé et meurtri, Naoui, personnage principal de cette œuvre psychologique de Allaoua Boudjadi, enfouit ses rêves dans les méandres du doute, essayant de tromper son amertume dans les ténèbres et la boisson.
Selon Tayeb Dehimi, cette 2e expérience avec Boudjadi, scénariste de « Diwane Laâdjeb » (le livre des extravagances) qui a obtenu le prix de la meilleure interprétation masculine, au Caire (Egypte) en 2005, donnera lieu à l’émergence de nouveaux talents, tel que le scénographe Yahia Ben Amar et l’actrice Mouni Boualem.
Une fois le choix des instruments musicaux fixé, les mélodies de Mahdjouz choisies seront d’un apport considérable, en rehaussant d’un ton la teneur de la trame et chatouilleront allégrement la sensibilité des comédiens, a confié le metteur en scène.
Soulignant l’art au pluriel, cette mise en scène expressionniste, évoluant dans une atmosphère drapée de rouge, symbole de l’état de braise que véhicule l’incongruité de la situation et la crudité du dilemme, se destine à inaugurer dès avril prochain les nouvelles productions théâtrales programmées pour la saison 2010/2011.
Dans ce contexte, M. Benzerari, directeur de la programmation et de la diffusion au TRC, a révélé la préparation de 6 pièces théâtrales dont, entre autres, « De la poussière à la poussière », un texte de Harold Pinter (prix Nobel de littérature en 2005), mise en scène par Hadj Smail et « Yamna et Ras el Ghoul », texte et mise en scène de Tayeb Dehimi.

Le Maghreb 2010-08-18
Nouvelle production au TRC à la découverte de « Laylatou Ellayali »

Le Théâtre Régional de Constantine (TRC) est entrain de concocter une nouvelle pièce sobrement intitulée « Laylatou ellayali » littéralement « La nuit de toutes les nuits  » . Et pour donner un peu de vie à ces planches qui se morfondent, le responsable de l’Institution théâtrale a décidé d’ouvrir les portes de son Théâtre au public avant même le peaufinage de cette nouvelle production. Dans la soirée de dimanche une répétition ouverte au public qui a assisté à « Laylatou ellayali », paraphée par Tayeb Dehimi, sur un scénario d’Allaoua Boudjadi et une scénographie de Yahia Benamer. La pièce dont la musique est signée de Mohamed Amirèche est encore en chantier et a besoin de quelques retouches et mises au point avant la générale, qui ne sera donnée que dans quelques semaines, a indiqué Dehimi. « Nous avons décidé de donner une répétition ouverte au public pour avoir des échos de celui-ci », dira le metteur en scène à propos de ce « premier jet » du spectacle. D’une écriture complexe où les thèmes s’imbriquent et se superposent, la pièce est néanmoins dominée par le problème de l’incommunicabilité dans le couple, surtout dans l’institution du mariage.
Outre une écriture compliquée et un décor quelque peu surréaliste, dominé par des structure métalliques fixes et roulantes, l’on remarque, également, une tentative du metteur en scène d’introduire de nouvelles techniques d’expression qui empruntent beaucoup au cinéma : « je ne sais quel en sera le degré de réussite mais mon but premier est d’ouvrir des brèches et de provoquer des débats sur ce sujet », soulignera Tayeb Dehimi.
Côté distribution, ce dernier semble avoir tenu à réaliser un équilibre entre les anciens comédiens du TRC et les nouvelles figures qui commencent à s’y faire une bonne place et à augurer d’une relève qui se met lentement et difficilement en place. Les deux rôles principaux sont d’ailleurs partagés entre Zoubir Izem, un ancien parmi les anciens et Mouny Boualem, une nouvelle et pétulante comédienne qui ne cesse de s’imposer comme un nom à retenir dans la liste de qui constituera la relève au TRC. Reste à espérer que cette pièce fera escale dans quelques institutions théâtrale pour être vu par un public autre que celui de Constantine.


El-moudjahid 27/09/2010
« Laylatou Ellayali », la dernière production du théâtre régional de Constantine (TRC), constitue un nouveau pas dans le sens de la rupture avec les traditions thématiques et de mise en scène pratiquées jusque-là par cette institution, ont estimé des professionnels. Tayeb Dehimi, le metteur en scène de cette pièce dont la générale officielle a été donnée samedi en soirée, a été chaleureusement félicité par Allaoua Boudjadi, auteur du texte, qui a assisté, ainsi que Yahia Benamar, le scénographe et Mohamed Amirèche, le compositeur de la musique, au spectacle de la générale. Il s’est dit agréablement surpris par la lecture scénique donnée à son texte : « Ce n’était pas du tout évident de pouvoir utiliser des techniques artistiques aussi convaincantes pour ce texte complexe, à l’image de la complexité des personnages ». Allaoua Boudjadi a également souligné que le mérite de cette pièce est également d’avoir permis au TRC de « franchir un nouveau pas dans le sens d’une rupture, amorcée ces derniers années, avec les thèmes politiques qui ont longtemps constitué ses sujets de prédilection ». Le metteur en scène a estimé de son côté que dans cette œuvre plus que d’autres, « le fond a appelé la forme », poussant à la recherche de formes d’expression artistique qui « sortent des sentiers battus et des cheminements linéaires dans la traduction scénique d’un texte dont la trame n’est justement pas linéaire mais une tentative plurielle de plonger dans les profondeurs de la subjectivité humaine ». La profondeur psychologique des personnages de la pièce et l’écriture élaborée du texte qui recèle de multiples perspectives « m’ont poussé à expérimenter dans cette pièce des techniques artistiques nouvelles qui, j’espère, vont ouvrir des perspectives de réflexion sur le travail théâtral et baliser une option artistique », dira également le metteur en scène. Avec en toile de fond une histoire d’amour qui ne dit pas son nom, la pièce raconte le drame d’un couple (Bahia campé par Mouny Boualem et Noui interprété par Zoubir Izem) qui, après avoir fait un mariage d’amour et enfanté une fille, voient leur union chavirer. La désillusion a surtout frappée Bahia, déçue par son mariage et finissant par ne plus accepter de continuer à subir une vie conjugale fade. Poussant son mari à la séparation, elle nourrit l’espoir secret de vivre enfin l’amour non moins secret qu’elle avait pour un musicien marginal qui se trouvait être le meilleur ami de son époux. Cependant, en se séparant de Noui, Bahia ne trouvera pas pour autant le bonheur et n’arrivera pas non plus à vivre l’amour auquel elle aspirait, l’élu de son cœur ayant quitté les lieux pour ne pas avoir à commettre le pêché de trahison envers son ami.
Lassée de sa solitude, culpabilisée par sa fille qui ne cesse de lui reprocher l’absence de son père, butant sur les aléas de femme seule, Bahia décide de renouer avec Noui qui n’espérait pas plus, n’ayant jamais cessé d’aimer sa femme et sa fille. La seconde tentative, sera plus heureuse que la première, Bahia ne tardant pas à être de nouveau tiraillée par ses contradictions et ses indécisions et gagnée par la froideur envers son mari, l’obligeant à reprendre de nouveau le chemin de la séparation et de la « galère ». A la fin de la pièce, on voit revenir Noui à l’improviste pour surprendre sa femme avec son amant, les tuant tous les deux avant de se donner la mort à son tour. Les férus de théâtre parmi le public qui a assisté au spectacle de cette générale ont également beaucoup apprécié la scénographie de la pièce, conçue par Yahia Benamar, de Sidi Bel-Abbes, et qui a été, à leur avis judicieusement mise à contribution dans l’interprétation. Dans « Layalatou Ellayali », Tayeb Dehimi, a également eu la main heureuse, diront bon nombre de spectateurs, d’avoir associé Mohamed Amirèche, un musicien de Constantine, dans la composition du fond musical de la pièce. L’un des plus grands mérites de cette dernière production du TRC demeure également le fait d’avoir associé un grand nombre de jeunes comédiens amateurs et de les faire jouer à côté des plus anciens. Aux côtés des professionnels Zoubir Izem, Mohamed Delloum, Aissa Reddaf, Tayeb Dehimi et Atika Belezma, sont en effet distribués de nouveaux visages dont le talent ne cesse de s’affirmer et qui commencent à s’imposer comme « quelques perles rares » de la relève tant recherchée.
Outre Mouny Boualem qui tient ici un rôle principal aux côtés de Zoubir Izem et de Mohamed Delloum, on retrouve Nedjla Tarelli qui continue de creuser le sillon qu’elle a entamé depuis le rôle qui l’a révélé en 2007 dans la pièce « Le pêcheur et le palais », ainsi que Seif El Islam Boukerrou, Sabrina Koreichi et quelques autres.

« ليلة الليالي ».. عرض جديد يقطع مع التقاليد الفنية والموضوعاتية للمسرح الجهوي لقسنطينة

وكالة الأنباء الجزائرية

وكالة الأنباء الجزائرية : 27 – 09 – 2010
تشكل مسرحية « ليلة الليالي » آخر إنتاجات المسرح الجهوي لقسنطينة « خطوة جيدة » على طريق القطيعة من التقاليد الموضوعاتية و الإخراجية الممارسة من طرف هذه الهيئة الثقافية، حسب تعبير مهنيين في الفن الرابع. وحظي الطيب دهيمي، مخرج هذه المسرحية الجديدة التي قدم عرضها الأول ليلة السبت بالمسرح الجهوي بثناء خاص و حار من طرف الحضور وفي مقدمتهم علاوة بوجادي مؤلف النص وكذا يحيى بن عمر المختص في السنينوغرافيا و محمد عميرش مؤلف موسيقى هذا العرض. وعبر علاوة بوجادي بالمناسبة عن إعجابه الكبير بمستوى القراءة الركحية للنص الذي كتبه « و لم يكن ذلك بالأمر البديهي بحكم تعقيد النص و شخصياته » مضيفا من جهة أخرى أن فضل هذا العرض راجع لكونه سمح للمسرح الجهوي لقسنطينة « باجتياز خطوة جديدة باتجاه القطيعة التي بدأها قبل عدة سنوات مع المواضيع السياسية التي طالما سادت وسيطرت في اختيارات هذه المؤسسة ». وأوضح مخرج المسرحية من جهته أنه في هذا العمل المسرحي أكثر من غيره « استدعى العمق الشكل المطلوب » ما دفع إلى البحث عن أشكال تعبير فنية  » منبثقة من الدروب و المسارات الطويلة للترجمة الركحية لنص ما وصولا إلى المحاولة الجماعية للغوص في أعماق الذاتية البشرية ». لقد دفعني العمق النفسي لشخصيات المسرحية و كتابة النص الذي يتوفر على آفاق متعددة إلى تجريب تقنيات فنية جديدة أتمني أن تكون فتحت آفاق تفكير وتأمل حول العمل المسرحي كما عبدت طريق نظرة فنية » كما يقول دهيمي. وفي عمق المسرحية، قصة حب لا تقول اسمها حيث تحكي مأساة زوج (بهية الذي تلعبه موني بوعلام والنوي مع زبير ازام) وجد اتجاها في مهب الريح بعد زواج عن حب انبثق عنه ميلاد طفلة. وهكذا سيطرت الخيبة خاصة على بهية التي انتهت بعد عدم رضاها عن زواجها إلى واقع عدم القدرة على الإستمرار في علاقة زوجية غير ذات طعم. وقادها هذا الشعور المحبط بعد الإنفصال عن النوي إلى إذكاء أمل خفي في عيش قصة حب جديدة مع موسيقي مهمش هو أفضل أصدقاء زوجها. لكن بهية لا تجد مع ذلك السعادة التي تبحث عنها حيث لم تستطع أن تبلغ الحب الذي رغبت فيه بحكم أن محبوب قلبها غادر المواقع حتى لا يقع في خطيئة خيانة صديقه. ولم تجد بهية التي يئست من الوحدة و من تجريم ابنتها التي لا تتوقف عن تحميلها المسؤولية في غياب أبيها بدا من اتخاذ قرار إعادة الاتصال و الإرتباط بالنوي الذي كان دائم الأمل رغم كل ما حصل في استعادة علاقة لم يشأ أبدا انقطاعها لكونه شديد الحب لزوجته و ابنته. ولكن عودة بهية للنوي لم تفتأ أن تدخل في تناقضات و اختلالات أخرى إذ لم تتخلص الزوجة بعد من برودتها السابقة مع زوجها ما دفعها مرة أخرى لانتهاج سبيل الانفصال و البحث عن مغامرات جديدة. وفي ختام المسرحية، يعود النوي صدفة ليجد زوجته مع عشيق لها ما يدفعه إلى قتلهما معا قبل أن يضع حدا لحياته التعيسة. وأعجب محبو المسرح من بين الجمهور الحاضر لهذا العرض الذين ثمنوا فيه كثيرا عمل السنوغرافيا الذي اشتغل عليه يحيى بن عمر من سيدي بلعباس و الذي ساهم حسبهم، في نجاح العرض. ومن جهة أخرى، ساهم محمد عميرش وهو موسيقي معروف بقسنطينة حسب عدد من المتفرجين في إضفاء لمسة فنية إضافية على العرض مؤكدا صدق اختيار الطيب دهيمي. ومن فضائل هذا العمل المسرحي الجديد أيضا إشراك عدد هام من الممثلين الشباب الهواة و الذين استمتعوا باللعب إلى جانب ممثلين يفوقونهم سنا وتجربة. وإلى جانب المحترفين المعروفين على غرار زبير ازام و محمد دلوم و عيسى رداف و الطيب دهيمي وعتيقة بلازمة برزت وجوه جديدة شابة بدأت تفرض نفسها على الساحة المسرحية وتبدي بوادر خلف ثمينة مثل موني بوعلام التي لعبت الدور الرئيسي إلى جانب زبير ازام و محمد دلوم فضلا عن نجلة طارلي التي ما زالت تتألق منذ أدت دورها سنة 2007 في مسرحية « الحوات و القصر » إلى جانب سيف الدين بوكرو وصابرينة قريشي و آخرين.

Leilet Elayali, une nouvelle production du TRC

le 30.09.10 (El Watan)
La générale de la nouvelle production dramaturgique du théâtre régional de Constantine a été présentée, récemment, devant un parterre d’initiés, en présence du directeur de la culture, Djamel Foughali, et de tout le staff du TRC.
La pièce, un drame psychologique, qui n’exclut pas l’humour, expressionniste, Leïlet Elayali, écrite par Allaoua Boudjadi, mise en scène par Mohamed-Tayeb Dehimi et Zoubir Izam, est interprétée avec brio en arabe dialectal, en dépit de la complexité de la thématique abordée. «J’ai voulu quelque part casser les tabous, les non-dits de notre société, où les drames au sein des familles sont tus, occultés…il faut parler des rapports difficiles entre les personnes, les couples, les relations qui se détériorent, -alors qu’on continue à faire semblant-, la détresse morale des jeunes, des femmes perdues, (filles de joie), l’adultère, les décisions traumatisantes, etc», nous explique l’auteur, Allaoua Boudjadi.
Ce dernier avouera que sa pièce «rompt avec le genre traditionnel», et qu’elle a «longtemps fait peur aux réalisateurs, sauf à feu Azzedine Medjoubi, ou encore Hamid Ramas, avant de trouver preneur en la personne de Mohamed-Tayeb Dehimi». Les comédiens, des jeunes pour la plupart, ont réalisé une prestation «des plus brillantes et des plus courageuses, au vu de la difficulté des différents thèmes abordés», selon l’avis des amateurs du 4e art, que nous avons rencontrés. Mouni Boualem, l’une des protagoniste de la pièce, comédienne de talent, «star montante» du TRC, nous confiera, pour sa part, qu’elle aime les rôles de composition pour relever les défis, choquer, pour mieux secouer les consciences.
«Je voudrais étudier la réalisation, et pouvoir un jour produire les pièces que j’aime, sans être censurée», a-t-elle ajouté. Enfin, Constantine, dans un sursaut d’orgueil, décide de recouvrer sa renommée de reine du théâtre. Reste l’appréciation du grand public lors de la première, qui l’on espère, ne saurait tarder.

TRC : Tournée

La troupe du théâtre régional de Constantine(TRC), effectuera du 25 novembre courant au 10 décembre prochain, une tournée à travers plusieurs wilayas du pays, a-t-on appris mardi du directeur de cette structure.

La troupe du théâtre régional de Constantine(TRC), effectuera du 25 novembre courant au 10 décembre prochain, une tournée à travers plusieurs wilayas du pays, a-t-on appris mardi du directeur de cette structure.
La maison de la culture de M’sila, sera la première étape de cette tournée de la troupe du TRC qui y présentera sa dernière production intitulée  »Leilatou Ellayali » une pièce écrite par Allaoua Boudjadi et mise en scène par Tayeb Dehimi.
La troupe visitera ensuite les wilayas de Tiaret, Mascara, Saida, Sidi Bel abbès, Aïn Témouchent, Oran, Mostaganem, Relizane, Ain Defla, Médéa et Alger, où elle présentera la même pièce.
La tournée qui s’inscrit dans le cadre des activités du TRC, est financée par le ministère de la culture, précise le même responsable.
Le TRC participera également avec la même pièce, et une autre pour enfant intitulée  »laâbatou el Hourrya » à la semaine culturelle de Constantine à Tunis qui aura lieu du 22au 27novembre, indique le même responsable.leitat1.bmp

الخبر 18/11/10
تنطلق في الخامس والعشرين من شهر نوفمبر الجاري، الجولة المسرحية لفرقة المسرح الجهوي لقسنطينة، من خلال عرض مسرحية  » ليلة الليالي » لمؤلفها علاوة بوجادي، ومخرجها محمد الطيب دهيمي، في عدة ولايات من الوطن، حيث ستكون خشبة دار الثقافة لولاية المسيلة أول محطة تعرض فيها. وتأتي الجولة المسرحية الجديدة لـ »ليلة الليالي » بعد تلك التي سبقتها شهر رمضان المنصرم، وحطت فيها رحالها بعدة ولايات من الشرق الجزائري، حيث ستجوب هذه المرة وإلى غاية العاشر من شهر نوفمبر المقبل، العديد من ولايات الغرب الجزائري كتيارت، معسكر، سعيدة، سيدي بلعباس، عين تموشنت، وهران، وكذا مستغانم وغليزان. وتحكي أحداث مسرحية  »ليلة الليالي »، والتي هي من آخر إنتاجات المسرح الجهوي لقسنطينة، تعقيدات العلاقات الإنسانية، التي تتأثـر بالكآبة التي تتسبب فيها الأكاذيب والإشاعات، مسلطة الضوء على ضعف الإنسان والصدامات الداخلية التي تواجهه. وتستعمل  »ليلة الليالي » أسفل جسر سيدي مسيد، لإعطاء صورة لحالة اليأس والقلق لشخصية النوي، التي يجسدها الممثل  »زبير ايزم »، الذي يعاني من تصرفات ومعاملة زوجته السيئة، يضاف إليها خيانة صديقه محمد له.

Orient Espace
«Laylet ella yali» impressionne le public
La Maison de la culture d’Aïn Témouchent était comble à craquer, jeudi passé, malgré le froid et la pluie qui se sont mêlés pour empêcher certains à assister à la célèbre pièce théâtrale «Laylet ella yali», une oeuvre du théâtre régional de Constantine écrite par Boudjadi Allaoua et réalisée par Dahimi Mohamed Tayeb. Les séquences de la pièce sont émouvantes et chacune d’elles apporte, tantôt son lot d’amertumes picoré d’espoir éphémère et, tantôt de souvenirs qui renvoient le narrateur à sa tendre jeunesse bien qu’il décide de partir, partir très loin, dans une contrée inconnue.
De la fenêtre où il laissait s’évader son esprit alors qu’il regardait la lune, l’acteur principal est entré dans une conversation avec sa bien-aimée fictive ou réelle et espère voir la nuit se prolonger pour qu’il puisse, comme une bougie, illuminant l’espace restreint, atténuer l’ardeur de ses désirs multiples, souvent mêlés de beaucoup de choses parfois insaisissables. Sachant comment distribuer les rôles entre les éléments de 6 acteurs et 5 actrices, Dahimi agit tantôt en narrateur de poésie populaire tantôt se plaignant de son sort, plonge dans un remord profond qui l’étreigne, comme un étau entre ces deux mâchoires, laissant sur sa conscience des marques indélébiles quand il se souvient que des années sont écoulées, vainement, qu’il a laissé ses proches et sa bienaimée et que le feu s’est ravivé de nouveau lorsqu’il a reçu une lettre de sa soeur.
Et malgré cela son attention reste focalisée, un laps de temps, en ce que contenait la lettre comme informations ; une petite joie assez courte lui fait écarter les lèvres d’un sourire large. Les durs moments vécus dans l’exil devenaient, à la longue, pesants et insupportables à tel point qu’il se refuge derrière une longue prière dite à haute voix et assemblée en 4 vers de Melhoun. La salle l’applaudit, fortement, et des sentiments comparables à ce qu’il ressentait ne tardèrent point à s’affichèrent tout autour de lui, en guise de compassion et de pitié. Prie, pour moi, maman et allume une bougie la nuit pour illuminer ma nuit. Il y croit à cela et c’est une chasse malheur pour lui. Tenant sa valise dans l’espoir de prendre le chemin du retour, il s’est mis à observer la lune et lui dit : Ô lune, je suis un oiseau libre comme l’aigle dans le ciel et je ne veux pas être blessé ou humilié, je resterais fidèle à ma patrie et à mes amours.

Arts et Culture Edition du 5/6/2011
Théâtre / «Laylat el-layali»
Au-delà des préjugés, la vérité
Par : Yacine Idjer

La mise en scène est opérationnelle. Elle dévoile un jeu naturel, vrai.
Le Théâtre régional de Constantine va de l’avant avec la pièce, ‘Laylat el-layali’, présentée, hier, en compétition, sur les planches du Théâtre national Mahieddine-Bachtarzi et ce, dans le cadre de la 6e édition du Festival national du théâtre professionnel. Il transgresse les tabous, va au-delà des interdits, abolit les normes déjà préétablies.
Tout simplement, sans tergiverser ni retenue, il ose, en abordant différents thèmes sensibles, une parole réduite au silence par les contraintes sociales et les pesanteurs de la tradition, réductrice et inopérante. Il aborde des sujets comme l’adultère, le divorce, la jalousie conjugale – cela finit d’ailleurs par un meurtre –, le suicide et bien d’autres choses liées à la réalité – hypocritement – cachée de la société, ces choses intimes que l’on fait et dont on ne parle pas, qu’on préfère occulter tant cela révèle incontestablement notre profonde nature humaine, notre vérité, notre propre image, celle qu’on refuse, qu’on rejette tant elle est laide, difficile à accepter. Car elle reflète la faiblesse de l’homme, les blessures permanentes d’une société pénalisée par les préjugés… Le metteur en scène, Dhimi Mohamed Tayeb, aborde de manière intelligente, les sujets que fait ressortir la pièce (le texte est de Boudjadi Allaoua). Le rideau se lève sur un plateau de tournage : à l’écart de la scène, un projecteur éclaire la chaise du réalisateur. Cette chaise, bien que vide, est, ô combien, symbolique. L’on assiste alors à un tournage de film. Ce film qui va raconter la pièce à dimension socio-psychologique.
C’est l’histoire dramatique de Naoui, bafoué, abusé par sa femme, Bahia, et trompé par son ami, Mohamed. Le plateau est constitué de décors – la scénographie signée Yahia Ben Ammar est chargée de connotations – qui change de style et de référent selon la situation dans laquelle les comédiens se déploient et se développent, conférant ainsi à leur personnage toute l’ampleur scénique. Leur présence scénique est étoffée, rehaussée par la dramaturgie que chacun porte et s’emploie à faire ressentir. La lumière et la musique rendent l’atmosphère théâtrale perceptible, visiblement démonstrative. La mise en espace du texte est prenante, agissante. La mise en scène est fiable, opérationnelle. Elle dévoile un jeu naturel, vrai. Il y a une vérité dans chaque situation décrite en gestuelle tout comme en décor, dans chaque parole dite, directement ou bien implicitement. La séquence scénique est un sens en soi. Une révélation. L’on est saisi par les propos. Quelque chose qui nous séduit, qui nous parle. Le langage théâtral nous interpelle. Il révèle une force de caractère. Tout est dit sur un ton clair, manifeste et avec une franchise pertinente, loin d’être fortuite ou gratuite. La parole nous pénètre, nous habite. Elle nous prend. Elle nous questionne. Cette parole se présente comme un miroir qui renvoie notre image qu’on chuchote et que, parfois, on travestit.

LIBERTE

Culture (Lundi 06 Juin 2011)

“LAYLAT AL LAYALI” DU THÉÂTRE RÉGIONAL DE CONSTANTINE
Un sens ravageur de la morale
Par : Sara Kharfi
Lu : (406 fois)
Cette pièce est un drame dans son sens le plus shakespearien avec des personnages dont le destin est d’une banalité contemporaine. C’est aussi un métathéâtre qui propose une réflexion sur le théâtre.
De très jolies propositions, annihilées, hélas, par une certaine lâcheté dans le propos.
Présentée dans le cadre de la compétition de la sixième édition du Festival national du théâtre professionnel d’Alger qui dévoilera son palmarès, demain soir, Laylat Al Layali est la dernière production du Théâtre régional de Constantine.
Mise en scène par Tayeb Dehimi, d’après un texte d’Allaoua Boudjadi, la pièce met en lumière trois destins : Noui, Bahia et Abdou. Laylat Al Layali nous plonge dans un triangle amoureux, et dans tout ce qu’il enfante comme déchirures, passions et clandestinité. Bahia est marié à Noui qui a réalisé son rêve en épousant cette dernière, mais pour cela, il a dû renoncer à sa passion pour le théâtre. Poussé par Bahia, il quitte son foyer à la recherche d’une meilleure vie et d’un meilleur avenir pour sa petite fille, Daouia. Se retrouvant seule, Bahia se réfugie dans les bras du meilleur ami de son mari, Abdou, et en tombe follement amoureuse.
Tel un héros cornélien qui sacrifie ses sentiments au devoir, Abdou préfère son amitié pour Noui, et rejette l’affection de Bahia qui demande, malgré tout le divorce après le retour de son mari. Trois destins sont brisés parce que Bahia rejette l’hypocrisie sociale, et refuse de jouer un rôle dans le grand théâtre de la vie. Parallèlement à cette histoire qui crée un effet de réel et un fort sentiment d’identification, un effet d’étrangeté est produit pour distancier les spectateurs. Ce deuxième niveau de narration présente les protagonistes de la première histoire comme étant des comédiens qui incarnent des rôles, et qui réussissent à s’extraire rapidement de leurs personnages. La seconde histoire qui nous est narrée nous introduit dans les coulisses d’un spectacle.
Il est donc question dans Laylat Al Layali de deux nœuds, mais le premier (l’histoire d’amour qui se termine dans un carnage) est défait, alors que le second (la situation de l’artiste) est occulté. Il est, certes, évident que la situation de l’artiste est précaire et qu’elle n’a pas encore été solutionnée, toutefois, ce thème relatif à l’art et aux artistes (dans le monde entier) est d’une banalité contemporaine. Récurrent.
Ce thème semble, au premier abord, afficher un fort engagement de celui qui crée l’œuvre artistique (pièce de théâtre, roman), mais dans le fond, on s’aperçoit vite que cette présence est toujours la même, et qu’elle est instrumentalisée pour donner plus de profondeur au propos, et montrer qu’un créateur réfléchit sur son milieu (ici, le théâtre).
Morale et pathos
Mais cette introduction de passages et de tableaux autoréflexifs rapproche la pièce du théâtre de William Shakespeare et principalement à sa pièce le Songe d’une nuit d’été. En outre, l’espace scénique a été aménagé en trois niveaux horizontaux entrecoupés par des voiles très légers.
Par ailleurs, Tayeb Dehimi a fait de jolies propositions sur le plan de la mise en scène et a exploré le capital des symboles. Une chaise était entreposée sur le côté droit de la scène, avec une lampe, représentant la place du metteur en scène, tout en concentrant le jeu sur la gauche. Une vision de biais, comme pour nous signifier toute la distance qu’il prend par rapport à l’histoire que raconte la pièce.
Cependant, la pièce a manqué de courage, en tranchant vers la fin, et en apportant un point de vue qui semble lâche, puisque l’auteur et le metteur en scène ont cédé à la morale et au jugement. Ce rapprochement avec le théâtre shakespearien et le destin funeste des personnages, semble avoir été instrumentalisé. Or, il est question de comprendre et non de trancher. Le metteur en scène qui semblait nous signifier avec la chaise qu’il n’était pas impliqué dans la tournure que prendrait les évènements, a pourtant décidé à leur place. Il a choisi également de jouer sur la folie, qui semble devenir la solution facile dans le théâtre aujourd’hui. De plus, les pathos, le sens ravageur de la morale et style épique a annihilé la profondeur de la pièce.
EL-WATAN 06.06.11
Dans la pièce Lillet El Layali du Théâtre régional de Constantine, il est question de mentalités givrées, d’amour trahi et d’âmes tourmentées.
Le cheval porte une blessure au cou. L’animal, en plein mouvement de saut, aurait pu avancer, courir et aller au galop traverser monts et vallons. La blessure l’a amené à baisser la tête. Ce n’est qu’un symbole. Et dans la pièce Lillet Al Layali (La nuit de toutes les nuits) de Mohamed Tayeb Dehimi, présentée samedi soir au théâtre national Mahieddine Bachtarzi à Alger, à l’occasion du sixième Festival national du théâtre professionnel (FNTP), le symbolisme est décliné sous plusieurs formes. Le cheval blessé, qui tente de sauter une nuit de pleine lune, est dessiné sur l’affiche qui tente de résumer l’esprit de la nouvelle production du Théâtre régional de Constantine.
Le texte de Allaoua Boudjadi, d’où est tirée la pièce, est fortement poétique : «Ya kemri alik jebt ghnaya, ettir el hor ma yak bel yethane.» (Ô ma lune, pour toi j’écris une chanson, l’oiseau libre n’accepte pas d’être humilié !) Il est question de liberté, de poids des traditions, de mentalités givrées, de déchirements, bref, de l’insoutenable légèreté de l’être, pour reprendre l’expression de l’écrivain tchèque, Milan Kundera. Bahia et Noui s’aiment. Ils se sont mariés. Portant la robe blanche, Bahia est déjà enceinte. La consommation de «l’amour» peut prendre des aspects renversants. Bahia ne fait pas confiance à un époux, comédien. A-t-on un jour pris au sérieux les artistes ?
Dans un pays, où la tentation de caporaliser l’art a toujours été présente, les comédiens, les acteurs, les écrivains, les plasticiens ou les musiciens n’auront jamais «la posture haute» des footballeurs.
Des footballeurs qui, parfois, se couvrent de boue et de honte ! Dans ce genre de pays, le pied a plus de valeur que la tête ! Noui, pour ne pas décevoir Bahia, se met à la critique théâtrale et abandonne les planches. Entre les deux, il y a Abdou, l’ami de toujours. Et Abdou est là pour «combler» les moments de solitude de Bahia. Le doute s’installe comme un brouillard de décembre. Abdou a déçu «les amours» aériens de la fille de la locatrice. Une dame qui, comme la société des pères silencieux, a le regard sur tout. Lors d’une soirée arrosée, au bas d’un arbre mort, Noui et ses amis tentent de «noyer» leur chagrin. L’un d’eux chante un air pas loin du malouf. Le malouf n’est-il pas riche en chansons sur les amours mortes ? Mais que faut-il chanter : la trahison, la tristesse ou la tragédie ? Au cabaret, Noui tente de trouver du réconfort. Sans y parvenir. Ici, la musique orientale est langoureuse.
Elle rappelle celle des khans du Machreq. Abdou est, lui, tiraillé par le remords, l’envie de Bahia ou l’amitié réduite à l’état de vapeur. D’où ce recours à la machine à fumer sur scène pour restituer le drame psychologique de Noui, Bahia et Abdou. Et parfois, pour tenter de créer l’illusion du bonheur. Même si l’amour et ses tourments ne peuvent pas être le cœur battant de l’allégresse. S’il l’est, ce n’est qu’à temps partiel. Temps éphémère. Les poètes en savent un bout. Il y a des touches romantiques dans la pièce de Mohamed Tayeb Dehimi comme cette scène où Bahia, toujours habillée en blanc, donne l’impression de traverser un lac à bord d’une pirogue où est accrochée une lanterne chinoise. Bahia y raconte un rêve. Il est rare de voir dans le théâtre algérien une scénographie aussi vivante et aussi évolutive. En hauteur ou en longueur. Les décors sont dynamiques.
Le metteur scène a usé de la technique du théâtre dans le théâtre avec une chef de plateau qui ordonne le changement de décors. Les techniciens n’hésitent pas à entrer sur scène pour faire bouger les éléments sans casser le rythme de la pièce. Yahia Ben Ammar a réussi, à travers une conception artistiquement aboutie, à montrer une scénographie contemporaine, sans doute la meilleure depuis le début du FNTP. La musique de Mohamed Amriche et les lumières de Abdelhak Boulemdaïs ne sont pas en reste. Elles ont accompagné tous les actes de la tragédie sans rompre la ligne intensive de l’histoire. Elles ont même augmenté de la pression sensuelle de la pièce. A des niveaux différents, le jeu des comédies était correct. Zoubir Izzem, Mouni Boualem, Atika Blazma, Sabrina Korichi, Seïf El Islem Boukrou, Aïssa Redaf, Mohamed Delloum, Nadjla Tarli et Mohamed Tayeb Dehimi ont su restituer l’âme anticonformiste de l’histoire.

Fayçal Métaoui

وقت الجزائر 06.06.11

فن و ثقافة
مسرح قسنطينة الجهوي في المنافسة الرسمية
القلق والاضطرابات النفسية يقتلان ضحاياهما في ليلة الليالي
يزيد بابوش
عالج مسرح قسنطينة الجهوي، أول أمس، في عرضه المقدم في إطار المنافسة الرسمية لمهرجان المسرح المحترف في طبعته السادسة، الحالة النفسية والقلق الذي تعيشه مختلف الشرائح الاجتماعية، وانعكاساته على الفرد والمجتمع بشكل عام، وقد عنون العرض الذي ألف نصه بوجادي علاوة وأخرجه ركحيا دهيمي محمد الطيب بـ ليلة الليالي ، حيث قدم على شاكلة مسرح في مسرح، أين قدمت المسرحية على شكل أستوديو لتصوير مسلسل.
سلط العرض المسرحي الضوء على انعكاسات الحالة النفسية المضطربة للمجتمع الجزائري والعربي بشكل عام وعلى الفرد بشكل خاص من خلال اضطرابات السلوك والانحراف الذي يعود بالمشاكل أيضا على الجمع، من خلال تفشي ظواهر لم تكن معروفة من قبل في تلك المجتمعات، على رأسها الطلاق الذي يؤزم حياة الأطراف الثلاث: المرأة، الرجل بالإضافة إلى الأولاد، رغم ذلك الاعتقاد السائد أن المرأة هي الضحية الأولى والوحيدة.
تدور قصة المسرحية من جانب آخر، والتي أدتها ركحيا ثلة من الممثلين الكبار من مسرح قسنطينة الجهوي حول عبدو ، الذي يقع في غرام هند زوجة صديقه الطيب ، هو الذي يعتبر عبدو أقرب أصدقائه ويحكي له كل أسراره بل حتى أدقها المتعلقة بحياته الخاصة مع زوجته، عبدو الفنان المسرحي الشاب ووسط جلسات الخمر واللهو لا يأبه بهذه الصداقة، رغم اصطناعه العكس في حضوره، ورغم أن عبدو لا دخل له في المشكل إلا أن هند والطيب افترقا لأكثر من عشرة أعوام لتعيد الطيب إلى حضن زوجته تلك الرسالة التي وصلته وهو وسط الخمر والعاهرات، لكن ذلك اللقاء الذي كان فقط لأجل البنت لم يدم طويلا، ليعود الطيب ويغيب من جديد، عبدو يستغل الفرصة ليقع في أحضان هند، الاثنين يموتان في الأخير على يد الطيب الذي ينتحر بعدها.
سينوغرافيا وديكور العرض كانا بسيطين، فقد قدمت في خلفية الأستوديو التصويري صور بجهاز العرض الضوئي دلالة على الوقت الذي يمر دون أن ينتظر أحد، كما وضع السينوغراف مجسما لحصان عربي أصيل للدلالة على العادات والتقاليد، وحتى الرجولة في التراث العربي، أين يخترق الحصان في المشهد الذي يقدم فيه البطل على ضرب وإهانة زوجته، للدلالة على أن هذا الفعل ليس من الرجولة في شيء. للتذكير، فقد شارك في تقديم أدوار العرض كل من دهيمي محمد الطيب، إزم الزبير، قريشي صبرينة، مونى بوعلام، عتيقة بلازمة، نجلة طارلي، بالإضافة إلى كل من بوكرو سيف الدين، دلوم محمد ورداف عيسى.
لحظات أرق بفواصل من الشك والضياع
الأحد, 05 يونيو 2011 20:59
وسيلة بن بشي
دخل أول أمس، المسرح الجهوي لقسنطينة المنافسة في المهرجان الوطني للمسرح المحترف بعرض «ليلة الليالي» للمخرج محمد الطيب دهيمي الذي اختار نصا صعبا جد لصاحبه «علاوة بوجادي»، وحاول أن يلتقط ذهنية فكرة العرض ليقع في فوضى السينوغراف ن العرض بمثابة ليلة من الأرق.

يحكي العرض تفاصيل علاقة زوجية تتدرج نحو الملل بعد أن فقد الزوجان كيمياء التواصل التي جمعتهم أول مرة.النوي «إزم الزبير» حقق حلم حياته بالزواج من المرأة التي كان يحب وهي باهية «موني بوعلام»، وقد ضحى بمهنة التمثيل من أجلها لأنها كانت ترى في الممثل الشخص الذي لا يؤتمن جانبه، لأن قدرته على التلون في الأدوار، تفقده مصداقيته، ليتحول النوي نحو العمل الصحفي، الذي سيأخذ الكثير من وقته ويفقده الاهتمام بزوجته وابنته (ضاوية)، وتصبح العلاقة باردة بدون معنى ويحدث الطلاق.
مرجل الأحداث في كل ذلك، شخصية عبدو دلوم محمد الذي سيملأ الفراغات في حياة باهية، وتعتقد أنه بر الأمان الذي سترسو عند شطه، لكن هذه العلاقة المعقّدة بين الأصدقاء الثلاثة ستنتهي نهاية مأساوية.
الحكاية كتبت بحبر الأرق، القلق، الشك والضياع، هي ليلة طويلة بدون شك وكي يتجاوز المخرج محمد الطيب دهيمي لحظات الصمت الثقيلة لليل، عمد إلى عمليات كسر الإيهام، وقد تخلل العرض قصة موازية للممثلين الذين يؤدون أدور الحكاية، هؤلاء لهم قصصهم الخاصة ومشاكلهم وصراعاتهم، كما حاول المخرج جاهدا من خلال سينوغرايفا يحيى بن عمار كسر رتابة العرض، ليقدّم لنا مشاهد تنقلنا تارة إلى قصة الأصدقاء الثلاثة وتارة أخرى إلى القصص الهامشية التي يعيشها الممثل في يومياته، لكن عمليات تأثيث الديكور التي تتم مباشرة على الخشبة، ساهمت بشكل كبير في قتل جماليات بعض اللوحات التي تخللت العرض، وما زاده ثقلا هو إقحام بعض الرموز التي لا تخدمه بقدر ما تأزمه، خاصة وأنه اعتمد على خلفية ثابتة وهي صورة الفرس التي تريد أن تنطلق جامحة.وقد تكون إشارة إلى الجموح، مشاعر باهية التي كبحتها لسنين وعندما حاولت التعبير عنها فقدت حياتها. لكن المخرج، في المقابل، يقول إن الفرس هي إشارة إلى الرجولة.. رغم قراءات مختلفة لعناصر غير منطوقة في العرض، تبقى المسرحية القادمة من سيرتا أقل من هاجس النص المحوري.

10 janvier, 2011

Civilisation… EL-Baba, l’une des formes d’expression pré-théâtrale arabes la plus proche du théâtre.

Classé dans : Non classé — djoussouriat @ 11:51


              ftearabe.jpg                   (Partie III/FIN)

« EL BABA », qui vient du mot ‘’BAB » (chapitre), était l’un des moyens les plus lucratifs par lesquels s’étaient rendus célèbres les BANOU SASSAN, cet extraordinaire syndicat auquel  appartenaient aussi bien derviches, fakirs, mendiants que  farceurs,  dresseurs de singes et poètes itinérants ( le mot GOUAL, c’est à dire diseur, peut provenir aussi bien d’EL QAOUL, c’est à dire éloquence, que de DJAWAL, itinérant, avec un G Egyptien).

 

Cette époque, 10e siècle, qui constitue le commencement de la fin du règne Abbasside, était caractérisée par une répartition trop injuste des richesses,  creusant un écart toujours plus large entre gens humbles, la plupart de la population,  et une minorité a la solde d’un pouvoir de plus en plus affaibli par les luttes intestinales, obligeant de larges couches sociales à la mendicité, au vagabondage et escroqueries.

 

Le mérite d’IBNOU DANIAL EL MOUSSOULI, même s’il n’était pas le premier a avoir crée « EL BABA »,   demeure  qu’il fut le premier et le dernier lettré (du moins jusqu’à présent) a avoir écrit des textes destinés à être joués, alors que cette forme de spectacles faisait partie, avant lui, des procédés de mendicités des BANOU SASSAN.

 

« EL BABA » repose sur un conte social et critique. Elle débute généralement par un prologue , en vers ou en prose rimée, dit par « KHAYAL EL DHILL » (jeux d’ombre)  avant que les « CHOUKHOUS » (personnages)  ne déferlent sur un demi cercle formé par les spectateurs et dont les deux bouts joignaient. la scène où évoluaient les farceurs devant l’écran destiné aux apparitions des jeux d’ombre. Les spectacles de »KHAYAL EL DHILL » sont organisées dans la soirée dans les quartiers , devant les cafés et auberges.

 

L’une de ces « BABAT » qui émerveillait les spectateurs est intitulée   »EL AMIR WISSAL » ( le prince opportuniste). Ce prince, après avoir perdu toute sa fortune, fait appel à une  marieuse en vue de lui trouver un parti intéressant. La marieuse s’exécute aussitôt, et l’infortuné prince se trouva, la nuit nuptiale, devant une créature que  KHAYAL EL DHILL  décria en ces termes « Une véritable calamité, avec un nez telle une montagne, un teint comme celui d’un cafard, des dents n’ayant rien a envier a celles d’un crocodile et une haleine de décharge publique ».  Le plus important dans cette scène n’est certainement pas cette description satirique, mais le fait que le personnage interprétant le rôle de la mariée,  était tenu de se présenter devant le public sous cette même image à  la faveur du « TANAKOUR » (déguisement) et de « TAZYIN » (maquillage).

 

Les dialogues des « BABAT » sont écrits dans une langage très simple,  léger et proche du parlé quotidien ou les jeux de mots et tournures de phrases, rappellent le style des MAQAMAT, créant une atmosphère des plus agréables. Les « CHOUKHOUS » (comédiens ou personnages) en confrontation ne dépassent pas généralement le nombre de deux qui interprétaient plusieurs personnages. ‘’KHAYAL EL DHILL », qui

 

Rappelle à bien des égards la fonction du chœur dans le théâtre grec, ne se contente pas à aider les comédiens en disant le prologue ou en commentant les faits, mais intervient pour interroger les comédiens et dialoguer avec eux.

 

« EL MOUTAIEM WA EL YATIM » (l’amoureux et l’orphelin), toujours du même auteur, constitue une pièce théâtrale satirique complète du point de vue aussi bien du dialogue que de la démarche théâtrale. Tournant autour des combats de coqs et de béliers, cette farce nous rappelle le héros des scènes de la commedia dell Arte ARLEQUIN, le célèbre domestique fourbe dont MOLIERE tirera plus tard son fameux Scapin du « BOUBGEOIS GENTILHOMME ». Le domestique de cette « BABA », ne se contente pas de prodiguer de bons conseil à son maitre amoureux, mais bien plus, il se double en courtisant habile et organisera un combat entre les coqs et les béliers de son maitre et entre ceux d’un orphelin naïf en convaincant son maitre qu’à la faveur d’une victoire facile, la bien aimée serait plus réceptive à l’offre du « chevalier victorieux ».

 

Il serait, peut être utile dans cet aperçue de rappeler que cette forme d’expression et de représentation originale, s’était développée à un moment ou le gouvernement central abbasside de Bagdad commençait a se désintégrer, puis elle a atteint son apogée a l’époque

 

des MAMLOUK en Egypte et en Syrie avant de disparaitre avec l’avènement d’un  gouvernement central fort, en l’occurrence l’empire Ottoman. Faut-il souligner, également que les chroniqueurs et intellectuels , qui étaient généralement intégrés à l’oligarchie régnante, méprisaient ces spectacles en considérant comme des activités de bas niveaux destinés à la populace et ne présentant aucun intérêt pour un intellectuel noble. Aussi les rares chroniques de cette époque qui traitent de la vie des cités et des fêtes populaires et religieuses, abordent « EL BABA » sous la désignation très vague de « fêtes de jeux d’ombre », ou encore, » spectacles de farceurs ».

 

Mais cette forme d’expression populaire mi n’était -elle connue que par les cités du Machreq (Orient)?

 

Un chercheur Algérien de notoriété, le Dr. Abou El Kassim Saadail­ah, qui a consacré un ouvrage très documenté à « l’hiloire culturelle de l’Algérie » depuis le 10e siècle, mentionne dans cet ouvrage les  » fêtes de jeux d’ombre » sans aucunes précision. La dernière représentation des  » jeux d’ombre » en Algérie remonte à 1847, la même année de la première manifestation théâtrale dans le monde arabe.

 

La réponse à la question précédente relèverait de la pure conjecture. Le dialecte Maghrébin nous a conserve le terme « SASSI » qui signifie mendiant a l’est de l’Algérie, et fourbe ou escroc a l’ouest. Ce terme , comme le suggère la similitude, n’est que le dérivé du mot « SASSAN » d’autant  plus que mendicité et fourberies étaient érigés en véritables métier  par ces mêmes « BANOU SUSAN au sein desquels se sont développées différentes formes de représentations dont précisément « EL BABA »,

 

 

4 décembre, 2010

Civilisation… EL-Baba, l’une des formes d’expression pré-théâtrale arabes la plus proche du théâtre.

Classé dans : Non classé — djoussouriat @ 10:19

   esclave.jpg   (Partie II)

La décapitation d’IBNOU EL MOUKAFA’A, et tant d’autres avant et après lui, donnait l’image d’un type de relations politico-soci­ales ou l’autre opinion était non seulement prohibée mais combattue.

Le système théocratique, représenté à une haute échelle par le Kh­alif et par le père a l’échelle familiale, détenait lui seul, la vérité absolue puisant dans les interprétations religieuses la justification métaphasique en vue d’éliminer toute critique à son égard et tout acte intellectuel pouvant suggérer une remise en cause de l’Ordre établi. Et ce n’est qu’à la lumière de cette référence  que l’on peur comprendre les propos d’ARISTOTE dans La poésie » qui qualifiait la comédie d’expression sublime d’une société démocratique », réflexion que les traducteurs arabes auraient passé sous silence. D’ailleurs, après une longue éclipse, le théâtre en occident n’avait repris droit à l’existence qu’à la suite de l’effondrement du type de la société patriarcale moyenâgeuse.

Mais, en dépit de tout cela, les cités arabes ont vu naître et se développer un certain nombre de formes d’expression publique qu’on peut designer, avec toute réserve, sous l’appellation de « formes  d’expression pré-théâtrales ». Cependant  force est  de  constater que ces formes ne se sont pas développées en un théâtre, contrairement à ce qu’avancent de nombreux chercheurs qui essaient de trouver dans le patrimoine arabo-musulman, et notamment le patrimoine orale, les origines de tel ou tel genre artistique ou littéraire que les arabes devaient emprunter a l’occident au 19e siècle. Et ai ces théories restent valables pour plusieurs domaines de la science et de la pensée comme en témoigne «Le soleil d’Allah brille sur l’occident »  de la très célèbre orientaliste allemande Siegfried HUNKER, elles n’en demeurent pas moins superficielles en matière de littérature comparée et inexactes en ce qui concerne le théâtre précisément.

L’on sait généralement que les  cités arabes ont développé plusieurs activités qu’on peut aisément mettre dans la case de pré-théâtrales tel « EL GOUAL » (EL HAKAWATI en orient, LE GRIO pour certains pays africains),  » EL HOWAT ou ISSAWA » ( Les jongleurs), « EL KERRADINE »( Les dresseurs de singes), « EL MESKHARATIA ou ADJADJBIA (Les farceurs), puis ont vu l’avènement de »KHAYAL DHILL »( Jeux d’ombre empruntés à la chine), ainsi que l’introduction des « GARAGOUZ » ( Marionnettes turques), et l’on sait, aussi, que les représentations de jeux d’ombre et des marionnettes étaient actives jusqu’à une date récente, alors que « EL GOUAL »( le conteur) continuera à enchanter les souk (marchées hebdomadaires) jusqu’à une date encore plus récente, mais l’on méconnait presque complètement « EL BABA »,  l’une de ces formes les plus proches du théâtre dans sa forme actuelle en ce sens qu’elle obéissait a une trame, un dialogue, des personnages et a un certain cheminement dramaturgique.

« EL BABA », qui ressemble au théâtre chinois tel que le grand voyageur Maghrébin IBNOU BATOUTA l’aurait vu, même s’il ne le mentionnait pas dans ses reportages d’orient, était restée quasiment inconnue jusqu’a ce que des chercheurs égyptiens découvrent des manuscrits datant de l’époque des MAMLOUKS d’un certain CHEMSEDINE MOHAMED IBNOU DANIAL EL MOUSSOULI,  né a EL MOUSSOUL en Iraq avant de s’enfuire en Egypte devant les armées des tartares qui mirent fin a l’empire des ABASSYDES en 1258).

Si certains chercheurs et hommes de théâtre arabes tel le marocain TAYEB SEDDIKI et l’iraquien  MOHAMED KASSIME se  plaisent a découvrir dans les MAQAMAT d’EL HAMADANI (1007) et d’EL RARIRI (1055) ou dans les représentations du GOUAL(conteur) tel l’algérien ABDELKADER ALLOULA des éléments d’art dramatique, les manuscrit d’EL MOUSSOULI présentent tout simplement un art dramatique complet dans son originalité.

Les deux héros d’EL MAQAMAT (ABOU EL FAT’H EL ISKANDARANI et ABOU ZEID SERROUDJ), qui avaient réellement existé sous d’autres noms, sont des « CHOUKHOUS » (comédiens) hors pair dans leur lutte quotidienne pour arracher a une société avare et cupide de quoi survivre en exerçant un métier original: l’art du déguisement. Ils se présentent à la foule tantôt sous l’aspect malheureux de Hadji ayant perdu leurs bourses et demandent assistance pour qu’ils puissent rentrer chez eux, tantôt comme des derviches prêchant l’aumône et la g compassion…En effet cette façon de gagner sa croute était largement suivie, par la suite, par toute une couche sociale qui prit pour dégnation  » BANOU SASSAN », en l’honneur du poète vagabond ABOU DOULAF EL KHAZRADJI connu sous le pseudonyme de  « SASSAN » ( début 11e siècle) et dont EL HAMADANI, qui l’avait  côtoyé, devait prendre comme personnage type dans ses MAQAMAT en la personne du célèbre héro ABOU EL FAT’H EL ISKANDARANI

                                                                                                                            (suivra)

 

 

11 novembre, 2010

Civilisation… EL-Baba, l’une des formes d’expression pré-théâtrale arabes la plus proche du théâtre.

Classé dans : Non classé — djoussouriat @ 9:20

images.jpg(Partie I)
L’Histoire du théâtre arabe commence, comme il est généralement admis en cette fin de l’an 1847 quand le libanais MAROUNE NEKSACHE, de retour d’un long jour en occident, présenta chez lui et devant des amis intimes une adaptation en langue arabe de « l’avare » de Molière.

C’était le premier germe. Mais l’histoire vraie d’un théâtre en arabe devait attendre deux années encore quand ce même pionnier présenta, toujours chez lui, le premier texte théâtrale arabe. Le petit public composé de parents, amis et illustres personnalités tels le Wali turc de Beyrouth et les hauts fonctionnaires de la régence, devait assister ce 13 Janvier 1850 à la naissance du premier théâtre arabe. Et ce fut « ABOU EL HASSAN EL MOUGHFEL »( l’Idiot), tiré des « Mille et une nuits » a qui revenait l’honneur d’être le premier personnage théâtral le authentiquement arabe.

De cette présentation le voyageur anglais David ORKUHART écrivait dans ces mémoires : » la pièce qui inaugure la première manifestation théâtrale arabe a été écrite par le fils d’un notable de la ville et jouée par les membres de sa famille dans leur maison se trouvant dan e la périphérie(…) Si l’interprétation et les chansons étaient plutôt gauches, l’agencement du texte était, par contre, réussi dévoilant des talents surs chez l’auteur » !

Les tentatives d’introduire l’expression théâtrale dans les sociétés arabes se succèderont par la suite. Ce fut notamment le cas d’ABOU KhaLIL EL KABBARI en Syrie(1865), YACOUB SANOU en Egypte(1876), et

MAHIEDINE BAZBTARZI/ et SELLALI ALI en Algérie(1926). Mais la véritable introduction du théâtre dans les sociétés arabes ne se généralisera qu’ au début de la seconde moitie du 20e siècle. Le dernier pays arabe a avoir adopté le théâtre est  évidemment  l’Arabie Saoudite.

Cependant la question qu’on est toujours tenté de poser est: pourquoi ce retard de plusieurs siècles alors que la civilisation arabo ­musulmane avait connu, traduite et assimilé le patrimoine grec?

Les réponses avancées sont autant multiples et diverses que contradictoires et non convaincantes. L’ explication la plus répandue demeure toujours le facteur religieux en ce sens que l’islam en interdisant la sculpture et les formes figuratives de personnes et d’animaux ( de crainte d’un retour a l’idolâtrie), a interdit par extension toutes forme de  représentation personnalisée. D’autres chercheurs pensent que ce sont les manifestations païennes dans le théâtre grec qui auraient découragé les traducteurs arabes à s’intéresser à cette forme d’expression. Mais il demeure qu’aucun traité de  fiq’h ( ordonnance religieuse) connue jusqu’à présent, ne parle ni de l’interdiction ni de la tolérance vis a vis de cet art, de même que les œuvres

des commentateurs arabes autour du traité « La poésie » d’ARISTOTE, ont passé sous silence toutes les références et évaluations faites par le « premier maître » comme l’appellent ces mêmes commentateurs, à la tragédie et a la comédie.

Certains chercheurs pensent que le théâtre grec, a l’époque de la traduction des manuscrits grecs vers l’arabe, était méconnu par toutes les communautés contemporaines y compris par les grecs eux ­mêmes. L’autre explication qui pourrait élucider cette énigme résiderait dans l’orientation des traductions vers les manuscrits scientifiques, philosophique, médicaux et astronomiques au moment où la civilisation arabo-musulmane naissante sentait le besoin vital d’assimiler les connaissances des civilisations antérieures avant de s’ériger elle m meute en une civilisation des plus prestigieuses.

S’il est vrai, cependant, que les arabes se considéraient comme la nation de EL BAYANE »( l’éloquence), et qu’en matière de lettres et de poésie,  ils n’avaient rien à apprendre des autres, cela ne constituait pas moins un mobile pour beaucoup d’hommes de lettres musulmans, mais non-arabes, de traduire vers l’arabe d’illustres œuvres hindoues et persanes, tels IBNOU EL MOUKAFA’A dans « KALILA WA JUMNA », ou il critiquait sévèrement par la bouche des animaux, toute forme de tyrannie et de despotisme.  Cette réflexion entre autres, devait couter cher a son auteur puisqu’il fut décapite sur ordre du deuxième khalif  abasside EL MANSOUR sous l’accusation traditionnelle d’hérésie.

Certes le théâtre grec avait des origines religieuses « païennes », puisque les dionysades faisaient partie des rites et des fêtes religieuses, mais les œuvres théâtrales devaient par la suite, s’éloigner de ces rites. Ainsi il était devenu possible à ANTIGONE de défier la volonté du tyran CREON, comme il était devenu possible à ARISTOPHANE de ridiculiser le gouverneur CLEON qui n’avait pas pu mettre fin a la guerre entre Athènes et la Sicile. (suivra)

 

18 septembre, 2010

ALLOULA.. Figure marquante du théâtre algérien

Classé dans : Non classé — djoussouriat @ 7:37

abdelkaderalloula.jpg

Par : B. Allaoua

 

 Abdelkader Alloula occupe une place à part dans l’émergence d’un nouveau théâtre en Algérie et dans le monde arabe, un théâtre qui renoue avec l’une des formes des spectacles populaires les plus enracinées dans la tradition orale algérienne et maghrébine en générale. ‘’El Halqa » (le cercle), qui se formait jadis autour des ‘’gouals »(conteurs, diseurs) dans les souk hebdomadaires des anciens villes, allait guider les pas du dramaturge oranais dans sa quête inlassable de nouvelles formes de représentations théâtrales émancipées et libérées du théâtre aristotélicien tel que repris et répandu à la faveur de la renaissance en Europe.    

 

Les formes traditionnelles des spectacles qui faisaient la joie des populations des anciennes cités arabes et que des critiques et chercheurs continuent à désigner faussement sous le label de ‘’formes pré-théâtrales », ont séduit et continuent à séduire beaucoup d’hommes du théâtre arabe. S’inspirer de ses formes et oser expérimenter des mixtures nouvelles et originelles, était de tout temps présents dans l’esprit de ces derniers depuis l’introduction du théâtre dans nos sociétés il y a plus d’un siècle et demi. Le pionnier de l’aventure théâtrale arabe, Maroun Nakache, s’était tourné le plus naturellement et le plus simplement du monde vers les contes des ‘’Mille et une nuit » en faisant de ‘’Abou El Hassan El moughafal » le premier personnage arabe authentique après le succès qu’avait rencontré sa première expérience avec l’adaptation de ‘’L'avare » de Molière auprès d’un petit public beyrouthin curieux et enthousiasmé. C’était la première tentative du retour vers soi, alors que le théâtre arabe naissant était à ses premiers balbutiements.

 

Mais il fallait attendre les années soixante dix et quatre vingt du siècle dernier pour assister à l’émergence d’une nouvelle génération d’hommes de théâtre qui s’était fixée comme but de donner au théâtre arabe un nouveau souffle devant la stagnation qui commençait à le gagner du fait de la prédominance du théâtre ‘’à l’Egyptienne » où le burlesque le disputait à un style comique des plus débridé.

 

De l’irakien Mohammed Kassim au marocain Tayeb Seddiki en passant par l’algérien Abdelkader Alloula, le libanais Roger Assaf pour ne citer que les expériences les plus représentatives de ce courant, apparaît une recherche esthétique laborieuse motivée par le souci d’emprunter de nouvelles voies dans l’écriture et dans la représentation, une recherche doublée d’une quête identitaire.  Alloula, grand admirateur du dramaturge russe Gogol et de l’est allemand Bertold Brecht, se laissa facilement séduire par le vent du renouveau en rejoignant une pléiade de jeunes et talentueux dramaturges arabes qui s’était fixée comme mission d’opérer un retour vers soi et ouvrir devant le théâtre arabe de nouvelles horizons.

 

Mohamed Kassim est connu pour avoir imaginé une forme théâtrale aux contres ‘’Kalila oua Dimna » de Ibnou El Mouqafa’a, alors que l’expérience de Tayeb Seddiki dans ‘’Maqamat Bad’a Zaman » restera dans les annales du théâtre arabe comme l’expérience la mieux aboutie. Roger Assaf trouvera au ‘’hakawati » (conteur) une nouvelle fonction qui l’arrachera aux cafés orientaux où il prenait place adossé au mur en face de son public pour l’émerveiller de ses contes, de ses poèmes et de son fameux ‘’rabab » depuis des siècles. Abdelkader Allaoula, même s’il reste méconnu dans la plupart des pays arabes, s’était tourné vers le patrimoine populaire maghrébin pour l’interroger et y puiser les éléments qu’il allait exploiter dans la confection de sa trilogie ‘’legoual », ‘’ledjoud » et ‘’litham » qui a fait sa renommé au niveau maghrébin.

 

Dans l’esprit de Alloula, qui avait été séduit par les premières tentatives de rénovation entreprises par Ould Abderrahman Kaki notamment dans ‘’avant théâtre » et ‘’El guerrab oua salihine » aux années soixante dix, il était temps d’opérer une rupture avec la forme ‘’aristotélicienne », fuir l’espace clos des bâtisses et  aller à la rencontre du public dans les villages, les usines, les universités. Cette démarche de Alloula, traduisait un engagement politique qui avait trouvé son terrain d’expression et de motivation dans la révolution agraire et dans d’autres projets grandioses entrepris  à cette époque en faveur des déshérités et de la classe laborieuse.

 

Kaki avait fait appel au ‘’goual » comme astuce destinée à abolir le fameux quatrième mur imaginaire qui séparait le public du spectacle. Ce cloisonnement selon le concept brechtien du théâtre didactique faisait que le public est absorbé par le spectacle et ne réagit que de manière sentimentale et émotionnelle. Avec Alloula l’expérimentation du ‘’goual » sera plus mûre dans la mesure où la troupe du TRO pouvait se produire en plein air et se faire entourer par le public à la manière de l’authentique ‘’halqa ».

 

Alloula avait révélé au cours d’une rencontre sur les nouvelles formes théâtrales tenue à Berlin en 87 que la troupe qu’il dirigeait allait à la rencontre du public et que les spectateurs dans les villages formaient un cercle autour des comédiens. Beaucoup d’entre eux suivaient le spectacle en tournant le dos aux comédiens, car ils préféraient suivre en écoutant et non pas en regardant. Ces gens étaient accoutumés aux contes des ‘’goual » à l’occasion des souks hebdomadaires, d’où justement la minutie avec laquelle Alloula écrivait ses textes en leur donnant toute la musicalité du ‘’chi’ir malhoune » (poème populaire) qui caractérisait les textes dits par les ‘’goual ».    

 

En mars 1994, Alloula disparaissait sous les balles assassines d’un obscurantiste. Avec Kateb Yacine, il était l’un des rares hommes de culture algériens à oser aller vers les gens et à tenter de leur communiquer un message d’amitié et d’espoir.

 

Alloula a pensé son théâtre en fonction du quotidien de la grande foule trop marginalisée à son goût et trop exclue des travées de la décision politique et sociale portée par un discours de clan et de zaouïa.

 

L’auteur de Lejouad considérait l’art comme un moyen d’aider les gens à prendre conscience de leur embastillement et de les inciter à se libérer des carcans de la bureaucratie. Abdelkader Alloula tentait dans ses pièces, surtout, après 1970, de donner à voir un théâtre à l’écoute du public, s’articulant essentiellement autour des préoccupations de ceux qu’on appelle les petites gens.

 

Son esthétique est travaillée par les nécessités d’un combat qui n’en finissait pas de recommencer et de traverser les interstices d’une pratique artistique trop liée aux luttes politiques. Les personnages de ses pièces sont trop marqués socialement comme d’ailleurs le discours global correspondant à des choix idéologiques précis. Ses pièces exposent le mal de vivre d’une société algérienne trahie par ses clercs et ses pouvoirs et mettent à nu ceux qui ont dépouillé le pays de ses innombrables richesses.

13 août, 2010

Religion .. Arabes, mais pas musulmans !

Classé dans : Non classé — djoussouriat @ 11:35

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Par B. Allaoua

 L’algérien moyen, se fait généralement une idée estropiée de l’arabe ! Etre arabe signifie automatiquement pour lui être musulman. Ceci tout en acceptant et admirant le cas échéant, que l’on peut être musulman sans forcement passer par l’arabité. Se savant eux-mêmes les descendants d’ethnies non arabes, les algériens n’opposent aucune résistance au fait d’être musulman non arabe. Cela, d’ailleurs, les conforte dans leur conviction de l’universalité du message de l’Islam. Là où il y a problème, c’est lorsqu’on se présente à eux en arabe non musulman ! Il est vrai que le phénomène tend à disparaître, mais subsistent encore quelques séquelles du passé, lointain et proche, qui rendent aléatoire leur perception de cette ‘’problématique ». Leur réaction devant tel cas, ne sortirait pas généralement de la désapprobation mêlée à de l’étonnement et à de la curiosité devant ces gens qui parlent arabe et qui ont de ce fait accès directement aux sources de la vraie religion, l’Islam, mais qui persistent dans leur ‘’voie erronée » ! 

La chose devient totalement inacceptable et peut mener loin, lorsqu’un ‘’mouslime », d’origine arabe ou non, abandonne sa religion pour une autre ! Là, nous sommes devant un cas de ‘’ridda » (abjuration) et on est vite taxé de ‘’m'torni » (renégat) et totalement rejeté par la communauté des croyants. Les traditionalistes et les tenants de l’orthodoxie, appellent à l’application d’une recommandation attribuée au prophète disant : ‘’quiconque change de religion, tuez le ». Beaucoup d’érudits musulmans ne sont pas d’accord cependant avec cette conception qu’ils considèrent comme révolue, d’autant plus que les idées nouvelles de libertés individuelles et de droits de l’Homme, notamment la liberté de conscience qui figure dans la plupart des constitutions des pays musulmans, rendent de tels procédés incompatibles avec la modernité et le droit international. Si nous devions reconduire cette pratique, arguent-ils, nous devrions également reconduire celle appliquée aux ‘’dhemmi », c’est-à-dire les juifs et les chrétiens vivant en terre d’Islam qui seront de ce fait astreints à payer la ‘’djezia » (capitation) de soumission. Pourquoi ne pas ressusciter aussi la traite des esclaves et surtout surtout la traite des femmes esclaves destinées au plaisir sexuel ! D’ailleurs, il n’existe pas de juridictions dans la plupart des pays musulmans pour traiter les ‘’crimes d’abjuration », à l’exception de l’Afghanistan où un cas s’était produit il y a quelques années. Une campagne internationale en faveur du ‘’reniant » avait réussi à lui trouver une terre d’accueil auprès de ‘’ses nouveaux frères » en occident. Cela n’empêche pas que des ‘’fetwa » dans ce sens peuvent être émises par des ‘’imam » empressés en dehors des lois positives. La fameuse ‘’fetwa » rendue par feu Khoumeiny condamnant à mort Salmane Rouchdi est toujours en vigueur. Il est demandé à tout musulman en mesure d’exécuter la sentence, de s’en acquitter comme s’il accomplissait un devoir religieux fortement rétribué par le Très Haut. L’intellectuel égyptien Faradj Fouda n’avait-il pas été ‘’exécuté » par un illuminé suite à une ‘’fetwa » pareille prononcée par un obscur ‘’imam » en terre de Hidjaz ?   

Dans l’imaginaire des algériens donc, tout ‘’arbi » est ‘’mouslime » par opposition au ‘’gaouri » qui doit être ‘’nasrani » (du mot Nassira, Nazareth, la ville de Jésus) ! ‘’Gaouri », un terme aux origines incertaines mais qui peut bien venir du mot ‘’Gaulois », ou du mot arabo-hébraïque ‘’aghral » qui signifie non circoncisé, se confond avec colonisateur et ‘’roumi » (européen), mais ‘’nasrani » (nassara au pluriel) pourrait renvoyer parfois à la cruauté et à l’inhumanité ! Encore un reliquat de la colonisation toute proche, mais aussi une des séquelles des guerres religieuses d’antan lorsque le monde était divisé dans la doctrine musulmane en une maison de paix, là où l’appel à la prière retentit cinq fois par jour, et en une maison de guerre, donc de cruauté, qui englobait le reste du monde non musulman. Reflétant cet état d’esprit, le célèbre chanteur chaoui Issa Djarmouni disait dans l’une de ses vieilles chansons :

O, noble dame qui nous à boycotté,

Ton cœur à toi serait-il ‘’nasrani » ?

Deux années à El Eulma sans nous contacter

Et me voila rentrant (chez moi) au milieu de la nuit tout abattu !

Cependant, gaouri peut revêtir d’autres significations comme on en trouve dans l’une des premières chansons de Cheb Khaled :

La bière est ‘’arbia », le whisky est ‘’gaouri » ! 

Je ne jouis plus du sommeil.

Cela pourrait vouloir dire que pour oublier mon chagrin et par ce que je suis pauvre type, je me rabats sur la bière qui est bon marché, le whisky étant hors ma portée. Je vous laisse méditer sur une bière purifiée par le rite de la circoncision ! Jean Sénac, le poète ‘’maudit », se définissait comme ‘’bon gaouri », pour avoir épousé la cause du peuple algérien. Il mourra assassiné à Alger dans des conditions obscures en 1973 ! Albert Camus décrocherait volontiers le titre de ‘’mauvais gaouri » !

Cela rappelle également l’usage fait parfois du terme ‘’yhoudi » (juif) qui pourrait signifier dans bien des cas, cruel, hypocrite, fourbe …Ça n’a rien à voir avec l’antisémitisme, puisque les juifs, aussi bien autochtones que ceux ayant fui l’inquisition catholique en Espagne, étaient bien intégrés dans la société algérienne, jusqu’à la promulgation par la France coloniale du fameux décret Crémieux. Une volte face que les algériens n’ont pas du beaucoup apprécier.

Le Coran dicte aux croyants d’observer une conduite de réserve, voir de méfiance vis-à-vis des gens de ces deux religions : ‘’Ô croyants ! Ne prenez pas pour alliés les Juifs et les Chrétiens ; ils sont alliés les uns des autres ». (Verset 51 El Maida). Dans un verset précédent de la même sourate, le verset  29, il est fait obligation aux croyants de combattre ‘’ceux qui ne croient ni en Dieu ni au Jour dernier, qui n’interdisent pas ce que Dieu et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de la vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation par leurs propres mains, après s’être humilies ». On raconte que le deuxième khalife Omar Ibnou El Khattab, avait refusé d’incorporer dans son ‘’Diwan » (cabinet) un syriaque de confession chrétienne comme scribe. Il aurait dit : ‘’Par Dieu, je ne confierai jamais les affaires des musulmans à des gens que Dieu nous défend de fréquenter ».

Ibnou Khaldoun s’était penché sur le phénomène religieux dans la vie des individus et des sociétés. Le théoricien de la ‘’açabia » (liens de sang et tribaux), suggère que la religion peut devenir une ‘’açabia » encore plus puissante que les ‘’açabiat » traditionnelles. Les premières batailles en Islam, avaient vu à plusieurs occasions des membres de mêmes familles s’entretuer sans merci.            

Les pays du Maghreb en général n’ont pas connu l’existence de fortes communautés chrétiennes, sauf pendant la période coloniale. L’Islamisation était totale. Ils ignorent cette mosaïque de confessions et de religions comme c’est le cas au moyen orient où des communautés chrétiennes assez anciennes ont pu survivre comme les Coptes, les Syriaques, les Araméens, les Chaldéens et les Maronites. Bien qu’ayant adopté la langue arabe, sans pour autant oublier complètement leurs langues anciennes qui continuent à être enseignées au sein des temples, ces chrétiens arabes sont restés attachés à leur foi. L’Histoire a retenu l’attitude toute de noblesse et de courage de L’Emir Abdelkader lors du massacre des chrétiens de Damas sous la domination ottomane au 19e siècle. L’Emir Abdelkader, nouvellement débarqué au pays du Levant avec les siens, avait déployé des efforts colossaux pour mettre fin à la ‘’fitna » (sédition). Et face à une foule déchaînée et alimentée par les préjugées les plus sordides, il s’interposa en clamant : « Les religions, en premier chef 1’1slam,  sont trop nobles et trop sacrées pour être un poignard d’ignorance ou une faucille d’aliénation, ou des cris vulgaires… ». L’Emir n’a fait qu’obéir aux préceptes de sa religion telle qu’il la concevait et pratiquait. C’est ce qu’il dira dans sa réponse à Mgr Pavy évêque d’Alger, qui lui a adressé une lettre d’admiration pour ‘’la noblesse » de son attitude : ‘’Ce que nous avons fait de bien avec les chrétiens, nous nous devions de le faire par fidélité à la foi musulmane et par respect aux lois de l’humanité ».

 

7 juillet, 2010

Littérature & poésie … En ‘’Braille’’ dans le texte !

Classé dans : Non classé — djoussouriat @ 0:12

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Par B. Allaoua

 Le Braille n’est pas une langue. C’est un procédé révolutionnaire qui a mis fin à l’isolement et à la marginalisation millénaires qui frappaient, telle une malédiction sans fin, les non-voyant en leur conférant un statut social inferieur par rapport à leurs semblables qui jouissaient du don de la vue, et, surtout, en les imposant comme un fardeau lourd à porter. 

La métaphore employée ici, trouverait sa justification dans l’heureuse initiative accomplie par un poète algérien contemporain, Abderrahmane Amalou en l’occurrence, qui vient de publier son dernier recueil en Braille et dans les deux langues, arabe et français, pour, dit-il, apporter aux admirateurs de la poésie et de littérature parmi cette frange, une braise de beauté, mais aussi pour leur manifester notre solidarité et notre compassion.   

‘’Les mots, les maux », est ainsi mis à la disposition de ces lecteurs ‘’spéciaux » qui ont le toucher si sensible et si ‘’perçant » qu’ils parviennent sans la moindre hésitation à savourer l’éclat du verbe et à saisir ses nuances. Je me rappelle qu’à l’université, nous avions un copain de classe qui utilisait le Braille. Aux examens, il perforait la réponse sur une feuille épaisse à l’aide d’un clou et d’une plaquette métallique comportant des rangés de minuscules trous. Une fois les copies des réponses remises au prof, un collègue parmi nous se portait volontaire pour transcrire sur feuille ordinaire les réponses que notre copain non-voyant lui dictait. Inutile de dire qu’il figurait parmi les brillants d’entre nous. Je me rappelle surtout des tics tics spécifiques que le clou produisait au contact de la plaque métallique. Les poètes, arabes surtout, s’étaient tant laissés charmer par le crissement feutré de leur plume en chatoyant la feuille sous la flamme vacillante mais tranquille des bougies. Dans notre littérature arabe contemporaine, Taha Houssein occupe une place si grande que l’on arrive à oublier qu’il était non-voyant. Nous avons aussi le poète et philosophe non-conformiste Abou Al Ala Al Maari. Dans la littérature universelle, le poète itinérant de la Grèce ancienne, Homère, continue, au delà des siècles passés, à nous ensorceler avec ses légendes éternelles sur la cité de Trois, la charmante Hélène et le malicieux Ulysse.         

Connu pour ses contributions fréquentes de mécène en faveur de cette communauté, Abderrahmane Amalou est le mieux placé pour l’accomplissement de tel geste. ‘’Il existe chez nous plus de deux cent mille non-voyants. Parmi eux, il y a pas moins de dix mille individus qui ont un haut niveau d’instruction. Parmi ces derniers il doit y avoir au moins un millier qui seraient heureux de se voire destinataires de mes poèmes », disait-il. Aussi, a-t-il pris l’initiative d’une publication à son propre compte de son dernier recueil en Braille. Et c’est à son propre compte également qu’il fit traduire ‘’Les mots, les maux » en arabe, en anglais et en espagnole. 

‘’Les mots, les maux », titre du recueil, est un jeu de mots (et de maux) subtil et révélateur à travers lequel le poète cherche surtout à mettre en évidence la fragilité de l’être humain, ses angoisses, ses espoirs et tourments.

‘’Ce ne sont que des mots qui, tantôt nous incitent à nous plonger dans le temps et dans l’espace et tantôt, nous donnent l’impression d’avoir mal par tout », peut-on lire dans la préface du recueil signée Nora Adjal.   

‘’Le recueil est né d’une palette d’idées sur les mots et ce qu’ils peuvent causer comme affliction, mais aussi comme confort », écrivait un autre critique, Mohamed Boudali.

Dans le premier poème intitulé ‘’Mentir un peu, se mentir », le poète donne la mesure de la démesure de la vanité humaine ! On peut y lire :

Laisser la folie

Jouer à sa place

Se prendre pour un as

Saoul d’appétit

De gagner ou de perdre

Sans trop s’en faire !

Croire et faire croire

Au soleil de minuit

Peint comme on veut

Jusqu’à rendre heureux

Un joueur au hasard

Qui mise même son nid !

13 juin, 2010

Les Amrouche …III- Le Paon

Classé dans : Non classé — djoussouriat @ 14:28

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Par B. Allaoua

Née en exile, morte en exile et inhumée en terre d’exile, comme si le pays de ses ancêtres s’était soudainement rapetissé au point de ne pouvoir lui concéder une sépulture pour son repos éternel, Taos Amrouche, dite Marie Louise, résume en sa personne, l’une de ces grandes tragédies humaines qu’on trouve toujours plus accommodant d’attribuer au colonialisme ! Deux acteurs historiques, la France coloniale et l’Algérie ‘’révolutionnaire », s’étaient relayées pour accomplir, avec préméditation pour l’une et  obstination pour l’autre, un drame humain d’une ampleur que seule la bêtise humaine pouvait en commettre : la première en lui subtilisant son pays d’origine et la seconde en lui refusant de s’en réclamer ! Victime expiatoire et bouc émissaire, cette figure de la culture algérienne ne cesse depuis une vingtaine d’année de sa disparition, d’interpeller les acteurs de son drame sur le bien fondé de leur forfait, perpétré au nom d’une mission civilisatrice pour les uns et au nom d’une idéologie infanticide pour les autres. ‘’La fatalité qui me poursuit, je sais aujourd’hui qu’elle est le lot de tous les déracinés à qui l’on demande de faire un bond de plusieurs siècles. Ignorante, poussant au gré du souffle rude de nos montagnes, mon destin eût été celui de notre tribu, issue d’une orgueilleuse famille. Ni Racine, ni Mozart ne m’eussent manqué. C’est la civilisation qui a fait de moi cet être hybride », écrivait-elle dans ‘’Solitude, ma mère », sa dernière œuvre publiée à titre posthume. 

Et pourtant rien dans les anciens poèmes berbères que Taos Amrouche s’était donnée beaucoup de mal à rassembler puis à réciter, ni encore dans ses écrits, ne pouvait gêner ou embarrasser quiconque ici sur la rive Sud de la méditerranée pour justifier le bannissement qui la frappait.  Mais à une époque où l’Algérie était engagée sur la voie d’un nationalisme pur et dur et d’un panarabisme de rigueur, le combat en faveur de la culture et de l’identité berbères ne pouvait bénéficier de la bienveillance d’un régime qui s’était assigné pour objectif de substituer au peuple algérien fougueux, bon vivant et fier de ses origines multiples et riches, un peuple docile, morne et coupé de ses racines. Et aujourd’hui que la dimension amazigh est reconnue comme partie intégrante de la personnalité du peuple algérien et que la culture amazigh, avec ses riches confluents et influences, est au centre d’un renouveau culturel national, l’exile de Taos et les sacrifices consentis par tant d’autres algériens de sa trempe, apparaissent comme des phares sur le chemin d’une véritable réconciliation nationale au sens civilisationnel du terme.

 » J’étais seule de mon espèce. Aussi loin que je remonte dans le souvenir, je découvre cette douleur inconsolable de ne pouvoir m’intégrer aux autres, d’être toujours en marge. », disait Taos qui était constamment à la recherche   »d’un éden du pays à jamais perdu », sans jamais réussir à se libérer de son rêve d’un impossible retour, ni de pouvoir s’évanouir complètement dans le moule des usurpateurs de son identité d’origine.

Certains de ses proches l’ont surnommée Sophonisbe. Cette reine de l’antiquité avait épousé Syphax, roi de Numidie, pour sceller une alliance entre Carthaginois et Numides. Après la défaite de Syphax face à Massinissa, autre roi Numide allié de Rome, elle se donna à ce dernier. Massinissa préférera l’assassiner de ses propres mains plutôt que de la livrer à Rome, comme le réclamait son allié et protecteur.

Pionnière de l’expression littéraire féminine en Algérie et en Afrique du nord toute entière, Taos est l’auteur d’une trilogie au titre évocateur, ‘’Moisson d’exil », et d’un quatrième roman, ‘’Solitude ma mère », évoqué plus haut. Elle a élargi son audience grâce à une voix superbe qu’elle a hérité de sa mère et grâce à sa volonté de conserver et transmettre le patrimoine lyrique berbère, féminin surtout, et c’est ici que résidait son péché impardonnable aux yeux des puritains de la pensée unique d’antan.

Originaire du village Ighil Ali, du côté de Béjaïa, Taos était née en 1913 en Tunisie. Avant de s’exiler en France, elle travaille à la radio Tunis puis à Alger en 1944-45 et elle a également assuré à la radio française une chronique hebdomadaire en langue kabyle consacrée à la culture orale et à la littérature nord-africaine. Pour le chant, qu’elle a hérité de sa mère, dans ces multiples facettes, elle s’est produite une première fois à Paris en 1937, puis à Fès en 1939 et elle obtient en 1967 le grand prix du disque, mais fut interdite de se produire au premier festival panafricain.

 Elle léguera à la prospérité un florilège de contes et de chants rituels, qu’elle a recueillis et sauvé de la disparition, à travers ‘’Le grain magique » qu’elle a fait paraître avant sa mort survenue en 1976. « J’ai un but à atteindre : empêcher la culture berbère de périr. Elle est aujourd’hui menacée en Afrique du Nord. Il s’agit d’un patrimoine cinq fois millénaire, un patrimoine de beauté et de spiritualité qui devrait faire l’orgueil de tous les pays maghrébins et, au-delà, de l’humanité tout entière », avait-elle coutume de déclarer. Il a fallu atteindre plus d’une décennie après sa mort pour voir cette militante avoir droit de cité dans son propre pays. La Maison de la culture de Béjaïa a été baptisée en son nom. Une association de la même ville a inscrit dans son action le rapatriement de ses cendres au pays des siens.

Les chants et les écrits de Taos Amrouche resteront comme un témoignage brûlant d’une femme passionnée par la culture de son pays. L’écrivain marocain Mohamed Khair Eddine dira d’elle : «Taos tire ce qui fait de l’histoire un miroir réversible, une culture terrienne, immémoriale que tous, depuis les phéniciens et les romains ont tendance à effacer pour mieux imposer des systèmes strictement politiques et mettre ainsi la main et le pied sur l’âme des Maghrébins, les empêcher d’être autre chose que les éléments obéissants d’une structure qui n’est pas faite pour eux, ni pour leur salut».

L’un des chants rassemblés dans ‘’grain de magie », dit :

Nous voulons la patrie de nos pères

La langue de nos pères

La mélodie de nos songes et de nos chants

Sur nos berceaux et sur nos tombes

Nous ne voulons plus errer en exil

Dans le présent sans mémoire et sans avenir.

L’homme le plus pauvre est riche malgré tout de son nom

D’une patrie terrestre qui est son domaine

Et d’un trésor de fables et d’images que la langue des aïeux

Porte en son flux comme un fleuve porte la vie.

Avant de rendre l’âme, elle murmura sa dernière volonté : une simple sépulture, avec son petit nom, Taos, comme seule inscription ! Ni nom de famille avec ce qu’il véhicule comme échos lointains du pays des ancêtres à jamais perdu, ni encore moins son nom de ‘’m'tornia » (renégate) qui décline sa tragédie !  

 

 

 

25 mai, 2010

Les Amrouche…II- Don de Dieu

Classé dans : Non classé — djoussouriat @ 9:08

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Par B. Allaoua

 

 Poète, journaliste et chroniqueur, El Mouhoub Amrouche, dit Jean, présente le spécimen même du colonisé qui parvient à se hisser haut dans la hiérarchie des valeurs imposées par le colonisateur sans pour autant réussir à se dissoudre totalement dans le moulage colonial ni, à fortiori,  à se faire accepter par ce dernier comme son égale naturel et légitime. ‘’Le colonisé, écrivait-il, vit en enfer, isolé, entravé, sans communication avec autrui, déraciné de son histoire et des mythes de son peuple, maudit. Il prend conscience de son état dans l’humiliation, le mépris et la honte. Il se sent frappé d’une tare indélébile, condamné. Ses dons personnels ne sont pas en cause. C’est plus grave. Ils sont disqualifiés, et ravalés au niveau des dons du singe. Jamais on n’interprète sa réussite comme la preuve d’un authentique accomplissement humain ».

 

Cette description du colonialisme rejoint celle faite par Mouloud Feraoun dans ‘’La Terre et le Sang ». ‘’Les meilleurs d’entre vous se figurant que nous ne sommes rien, que sans vous nous retournerions au néant d’où vous nous avez imprudemment tirés (…) Oui les meilleurs croient que nous sommes leur œuvre, que nous leur appartenons, ils tiennent à nous comme les mauvais tiennent à leurs propriétés, ces grands domaines qu’ils ont fait fructifier et au prix des sueurs arabes »,  dira le héro du roman à une relation française. 

 

Aussi, El Mouhoub, don de Dieu en arabe, restera jusqu’à la fin de ses jour un assimilé inachevé. Un francisé raté. Pis ! Il ne réussira pas à se convaincre lui-même de la légitimité de son ascension et souffrira jusqu’à la fin de ses jours du sentiment mortifiant de n’avoir jamais été autre chose que celle que l’autre, l’intrus, l’envahisseur, le colonisateur avait concédée qu’il soit. ‘’Je ne crois plus à une Algérie française, disait-il. Les hommes de mon espèce sont des monstres, des erreurs de l’histoire. Il y aura un peuple algérien parlant arabe, alimentant sa pensée, ses songes, aux sources de l’Islam, ou il n’y aura rien ».

 

Sa force, justement, réside dans sa volonté à ne pas se cacher la vérité et à ne pas fuir sa réalité implacable et intrinsèque d’indigène. Une probité qui lui vaudra beaucoup de respect et lui permettra, surtout, de terminer sa vie en accord avec soi-même. Quelques jours avant sa mort, survenue le 16 avril 62, il parla en kabyle à sa fille aînée, notera l’historienne Réjane le Baut dans la biographie qu’elle lui a consacrée. Jacques Berque, islamologue et historien connu, a pu même dire, comme d’autres, qu’El Mouhoub était mort de la guerre d’Algérie. Son ultime article publié dans Le Monde du 17 mars 62 fut dédié à la mémoire de Mouloud Feraoun qui venait d’être assassiné par l’OAS.

 

Se définissant comme ‘’produit du hasard de l’histoire », mais refusant avec une conscience aigue de jouer au ‘’harki intellectuel » avant l’heure, Cet homme de verbe d’origine kabyle imprégné par la culture française et appartenant au monde musulman, se retrouve en porte-à-faux entre la France et l’Algérie. Si les répressions du 08 mai 1945 ont déclenché chez Kateb Yacine le sentiment nationaliste, ‘’mon nationalisme se cimenta à Sétif », comme il le dira, ces évènements tragiques ont suscité chez El Mouhoub moult interrogations sur la nature du colonialisme et sur sa ‘’mission civilisatrice ».   » S’agissant du colonialisme français, on sait qu’il y a contradiction entre le dire humaniste, universaliste et antiraciste de la pensée française, et le faire colonialiste, mais on sait moins que la pensée et la formulation ne sont que des masques mystificateurs. Le colonialisme français honteux et hypocrite, qui n’ose pas dire son nom, est peut-être plus virulent, plus radical que tout autre « , écrivait dans l’une de ses chroniques.

 

Contrairement à Mouloud Feraoun ou à Mohamed Dib et à bien d’autres intellectuels algériens qui ont été abreuvés à la culture française mais qui avaient conservé une algérianité à toute épreuve, El Mouhoub portera le crucifix de cette dualité jusqu’à la lie, découvrant  non sans désenchantement et amertume que sa condition d’indigène francisé, loin de lui procurer les bienfaits de la civilisation du colonisateur, n’a fait que de  l’éloigner des siens et de sa patrie, l’acculant dans  le statut d’éternel  d’apatride.

 

Né en 1906 à Ighil-Ali, dans la vallée de la Soumamm, en Kabylie, où sera édifié le programme du FLN, El Mouhoub connaîtra l’exil tout petit lorsque ses parents, christianisés sous l’influence des missions des pères blancs et des sœurs blanches, décidèrent de fuir leur village et de s’établir le plus loin possible, en Tunisie.   Il poursuit ses études primaires en Tunisie et en Algérie. Il sera nommé successivement professeur de lettres à Sousse (Tunisie) puis à Annaba. Entre 1930 et 1942, El Mouhoub mène une carrière littéraire, il est poète et critique. Il est l’auteur de deux recueils de poésie (Cendres et Etoile secrète). En 1930, il entreprend avec sa mère et sa sœur cadette, Taos, écrivaine elle aussi, l’écriture et la traduction en français des chants berbères, conservés jusque là par la tradition orale. Ces contes sont publiés dans ‘’Les Chants berbères de Kabylie » qu’il signera en 1939. Ils seront également repris en partie dans ‘’Le Grain magique » par Taos, publié en 1966. Entre 1945 et 1961, il publie la revue l’Arche dont l’orthographie n’est pas sans rappeler son homographe Kabyle ‘’El Arch » qui signifie clan ou tribu.

 

Depuis le début de la guerre d’Algérie El Mouhoub s’est fait le défenseur de l’autodétermination politique de son pays d’origine tout en affirmant sa francité. En 1958, il était rédacteur en chef du journal parlé à ORTF. Ses entretiens avec Paul Claudel, François Mauriac, André Gide, Ungaretti sont bien connus. Il animait l’émission « Des idées et des hommes », mais en 1959, il fut destitué de ses fonctions à cause de ses positions politiques et l’émission fut supprimée. Il s’est adressé aux Français avec passion pour leur dire quelques vérités amères. « Reconnaître une patrie aux Algériens et que cette patrie soit selon leurs vœux, tel est le problème essentiel », écrivait-il dans Témoignage chrétien en date du 8 novembre 1957. « Les Algériens meurent depuis trois ans, ils sont résolus à mourir, à mourir aussi longtemps qu’il sera nécessaire pour reconquérir une patrie qui soit la leur, à laquelle ils puissent appartenir corps et âme et qui ait son nom et sa place, humble ou glorieuse, il importe, parmi toutes patries. » L’un de ses poèmes composés à cette époque disait :

 

Aux Algériens on a tout pris
La patrie avec le nom
Le langage avec les divines sentences
De sagesse qui règlent la marche de l’homme
Depuis le berceau
Jusqu’à la tombe
La terre avec les blés, les sources avec les jardins
Le pain de la bouche et le pain de l’âme
L’honneur
La grâce de vivre comme enfant de Dieu frère des hommes
Sous le soleil dans le vent, la pluie et la neige
On a jeté les Algériens hors de toute patrie humaine
On les a fait orphelins
On les a fait prisonniers d’un présent sans mémoire et sans avenir
Les exilant parmi leurs tombes de la terre

 

Son intervention courageuse lors de la soirée du 27 janvier 1956 à la Salle Wagram à Paris, au meeting organisé par le Comité des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord, avait marqué les esprits. « Il y a la France tout court (…) et l’autre, celle dont le colonialisme a fait un simulacre qui est proprement la négation de la France. C’est contre la France des colonialistes, contre l’anti-France, que les maquisards d’Algérie, mes frères selon la nature, ont dû prendre les armes, ces armes que la victoire seule, la victoire sur l’anti-France, fera tomber de leurs mains ».

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